lundi 22 avril 2013

S comme Sage-femme #challengeAZ


Entre la sage-femme et Élisa, parmi les nombreux sujets de
conversation propres à les mettre aux mains, un sujet plus particulièrement
amenait des scènes quotidiennes, dans lesquelles la
rébellion muettement gouailleuse de la fille, trouvait, au dire de
la mère, le moyen de faire sortir « un saint de ses gonds ». Malgré
les duretés, les alarmes continuelles du métier, la sage-femme
avait l’orgueil de sa profession. Elle se sentait fière du rôle qu’elle
jouait à la mairie dans les déclarations de naissance. Elle se gonflait
de cette place d’honneur, donnée à ses pareilles par les gens
du peuple, dans les repas de baptême. Elle goûtait encore la
popularité de la rue, où les marchandes qu’elle avait délivrées, où
les filles de ces marchandes qu’elle avait mises au monde et
accouchées, où les enfants, les mères, les grand-mères : trois
générations sur le pas des portes, lui criaient bonjour, avec un
« maman Alexandre » familièrement respectueux. Son rêve était
de voir sa fille lui succéder, la remplacer, la perpétuer. La fille,
quand elle se donnait la peine de répondre, disait qu’elle n’avait
pas la caboche faite pour y faire entrer des livres embêtants. Elle
ne trouvait pas non plus rigolo de voir, à tout moment, comme ça,
des oreillers retournés par les doigts crispés de l’Eclampsie.
Élisa montrait enfin la résolution arrêtée de se faire assommer
plutôt que de prendre l’état de sa mère.

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