jeudi 23 mai 2013

Sarah - Georges Moustaki.



La femme qui est dans mon lit

N'a plus vingt ans depuis longtemps.
Les yeux cernés
Par les années,
Par les amours
Au jour le jour,
La bouche usée
Par les baisers,
Trop souvent mais
Trop mal donnés,
Le teint blafard
Malgré le fard,
Plus pâle qu'une
Tache de lune.

La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps.
Les seins trop lourds
De trop d'amours
Ne portent pas
Le nom d'appâts,
Le corps lassé
Trop caressé,
Trop souvent mais
Trop mal aimé.
Le dos voûté
Semble porter
Les souvenirs
Qu'elle a dû fuir.

La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps.
Ne riez pas.
N'y touchez pas.
Gardez vos larmes
Et vos sarcasmes.
Lorsque la nuit
Nous réunit,
Son corps, ses mains
S'offrent aux miens
Et c'est son cœur
Couvert de pleurs
Et de blessures
Qui me rassure.

mardi 14 mai 2013

L'accouchement de Jeanne d'Albret - 1553.

Source : Naissance de Henri IV - Eugène Devéria - 1828 - Pau Musée des Beaux Arts. 

Jeanne d'Albret ne manquait pas de caractère. Sur les terres du Poitou, à Châtellerault,
enfermée au chateau de la Berlandière, elle tint tête à son oncle le roi François 1er qui
voulait la marier au Duc de Clèves en 1541. Elle avait à peine douze ans
et on voulait la marier à un vieux de 26 ans !
Elle résista, elle rusa, elle enragea, elle tint tête à son oncle qui sillonnait la région,
chassant au chateau de Chitré, à Bonnes, s'en donnant à coeur joie, dépensant l'argent du
royaume, tant et si bien qu'il tenta de rétablir la Gabelle en Poitou.
Un vrai fiasco qui donnera au mariage de la p'tite Jeanne le nom amer de "Noces Salées".
Les choses s'arrangeront. Le mariage qui de version officielle ne fut pas consommé, sera
annulé.
Jeanne d'Albret épouse en secondes noces Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, premier prince du
sang. En 1548, elle a un peu grandi et elle est amoureuse.
Elle a toujours un sacré caractère qu'elle gardera toute sa vie.
La nuit du 12 au 13 Décembre 1553, Jeanne accouche de son second fils. Le premier, un garçon est
mort quelques mois avant, victime des mauvais soins de sa nourrice.
Le grand-père Henri d'Albret, s'inquiète de cette deuxième grossesse. Il arrive à convaincre sa
fille d'accoucher en Béarn, chez lui, à Pau.
Il y a des grand-pères comme ça, que ça brasse un peu de voir leur fille mettre au monde.
Il se dit que le grand air, il n'y a que ça de vrai. Il installe même les nourrices  à
proximité en les choisissant avec soin, afin que son p'tit fils grandisse en toute sécurité.
Il espère un garçon et tente de forcer le sort en promettant à sa fille la remise d'un coffret
d'or contenant son testament, à condition qu'elle ne lui fasse point "une pleureuse ni un enfant
rechigné".
Jeanne est arrivée une dizaine de jours avant, la nuit du 12 décembre elle accouche.
 A Pau, on accouche en chantant la chanson de Notre Dame du bout du Pont, celle qui aide les
accouchées. On a la péridurale de son temps.

Nouste dame deu cap deu poun
Adjudat me a d’aquets hore !
Pregat au Diu deu ceu
Que m’boulhe bié delivra leu
D’u maynat que m’hassie doun
Tout dinqu’au haut deus mont l’implore

Notre-Dame du bout du pont
Aidez-moi à cette heure !
Priez le Dieu du ciel
Qu’il veuille bien me délivrer
D’un garçon qu’il me fasse don
Jusqu’au haut des monts je l’implore.

Toute la ville chante pour aider Jeanne ! Et Henri d'Albret incite sa fille à en faire autant
cette nuit là, pour faciliter la délivrance !
Et ça marche !
A peine l'enfant né, il est baptisé à la manière locale, on lui frotte le museau avec une
gousse d'ail et on lui mouille les lèvres avec quelques gouttes de vin.
 C'est le grand-père Henri d'Albret qui s'en charge en brandissant l'enfant à la foule, ivre de
joie : " Voyez ma brebis vient d'enfanter un lion ! "
Réponse du Berger béarnais au berger espagnol qui s'était moqué de la naissance de Jeanne en
1528 en ces termes : "Miracle la vache a enfanté une brebis! "
le Roi de Navarre en juste récompense, passe une chaine d'or au cou de Jeanne sa fille, et lui
donne le coffret contenant son testament.
Donnant donnant, il précise : " Voilà qui est à vous
ma fille, mais voici qui est à moi. "

Source Gallica BNF : Les accouchements dans les Beaux-Arts et la littérature Witkowsky 1894
Musée National du Château de Pau

mercredi 1 mai 2013

Merci à Sophie et à sa bande de challengeurs !


Merci !
Merci Sophie ! Formidable expérience !

En vrac, à chaud, sans attendre quelques retours sur cette aventure...

Le défi :

Tenir le challenge sur les quatre blogs ! Quelle idée !
Lulu Matern'Elles : 26 accouchements ou presque ce mois-ci ! c'est difficile de trouver de nouveaux textes, mais c'est possible ! A suivre !
Lulu archive Availles : Comment ça il ne se passe rien ici ? Il y a de quoi égrainer tout un alphabet.
Lulu Sorcière : Je vous ai invité au café dans ma cuisine chaque jour, nous avons parlé des souvenirs, du temps qui passe, presque déjà cinq ans ensemble. Certains sont comme chez eux, quelle chance j'ai ! Un blog qui dure c'est ça.
Lulu Archive : J'ai aimé puiser dans ces presque dix années de recherche. J'ai  travaillé, je crois. Depuis quelques années je vis dans une certaine urgence de partager. ça doit être la cinquantaine... Alors je m'éparpille un peu, je touche à tout, je suis gourmande,  et finalement c'est un peu brouillon parfois, mais c'est cadeau, et lorsque c'est utile, lorsque ça fait plaisir, je tiens ma récompense.

L'écriture. 

 Lorsque Sophie a annoncé le challenge, il m'a paru impossible d'écrire un billet par jour. L'incertitude des lendemains. Si on n'avait pas pu programmer, puiser dans les stocks, je ne l'aurais pas fait. Certaine que l'avenir me ferait trébucher. C'est un défaut, j'ai toujours l'impression que je ne ferai pas ce que je veux de demain.
Alors, j'ai puisé dans les réserves et remis des billets à l'honneur. Ce fut sans aucun doute une facilité, mais ça m'a rassurée. Sans ce joker-là aurais-je tenu la distance ? On verra l'an prochain.  En tous cas, ce fut l'occasion de présenter ce travail à d'autres, de dépoussiérer un peu et de recommencer à avancer.
L'arsenic a gagné trois ou quatre histoires, c'est votre drogue préférée;
Les loups sont de nouveau à l'honneur et en chantier.
Et puis grace à ces piliers là, quelques billets sans filet, de ceux qui viennent sans prévenir, qui s'invitent, qui attendaient là que Sophie les mette au monde. Sous le grand chêne de la généalogie poitevine, j'ai abrité mes p'tites plantes exotiques. Au p'tit monde des lecteurs que ces billets ont ému,  merci.


La lecture. 

Quelle richesse tous ces billets, ces recherches, tous ces personnages du passé que nous avons partagé, ces cultures si différentes les olives, la neige, les tisserands, les scieurs de long, les poilus... Tant et tant de billets encore à lire, d'autres à relire. Tant d'émotions, de dures vies, les visages, les prénoms, de l'Histoire, la mémoire.
Des méthodes, du vocabulaire, des envies de balades, de voyage, des archives insolites à répertorier.
La diversité des écritures de chacun, l'intime qui s'invite, l'humour, le partage, les différences, la tolérance.
Un monde plutôt réconfortant que celui des généalogistes !

La place que ça prend. 
Le challenge s'est invité à table, à la veillée, au café du matin, comme chez nombre de challengeurs je crois. Très addictif cette récréation ! Pour une fois ce sont les enfants qui m'ont fait la morale (Maman ton téléphone bip à table....)

L'entraide. 

Comprendre un acte, une époque, partager, expliquer, apprendre, rebondir. Réfléchir sur un sujet à plusieurs voix, l'ADN, l'abandon, le mariage, trouver des pistes, des ponts entre les uns et les autres...

La méthodologie. 

Apprendre par l'exemple, par le jeu, par ce jeu. A travers les billets des autres, comprendre les démarches de progression, les thèmes retenus, les astuces. Déduire ensemble.

Les bonnes résolutions 

Il y en a beaucoup qui viennent à l'esprit. Plus de rigueur, plus d'organisation.
D'un autre coté, que serait un repaire de sorcière bien rangé, dépoussiéré, étagères d'aplomb, dossiers tout étiquetés ? Je m'y ennuierai sans doute et vous aussi. Ce n'est pas ce que j'ai à donner et ce n'est pas ce qu'on vient chercher ici.
Malgré tout j'essaierai d'organiser un peu tout ce bazar.
programmer quelques publications, je le fais très peu, j'ai tort c'est bien. Préparer quelques billets d'avance, rédiger des brouillons, les garder sous le coude pour continuer à faire vivre le blog lorsque le travail accapare sur un sujet. C'est aussi une bonne manière de se concentrer sans pour autant laisser le blog en dormance.

Vous. 
Derrière ce challenge, il y avait vous.
Lecteurs,  Bloggeurs, magiques. Vous avez été magiques. Commentaires, gazouillis, une complicité s'est révélée, une bonne ambiance, une certaine décontraction, des moments d'émotion, sur la durée on se livre forcément...
La diversité des billets, des styles invitait à l'écriture, dédramatisait l'affaire, il n'y a pas de note à cet exercice  et tout à gagner sans besoin de récompense. C'est ça la magie de la vie.
Et parmi nous...
Sophie  l'accoucheuse de mots, Roland l'instituteur,  chacun veilla à sa manière à ne laisser personne en chemin. Donner le temps qu'il faut à chacun, encourager.
Des perles, des scoops, des listes pour retrouver chacun quel travail gigantesque !
Parfois on a surpris à lire sur notre épaule de grosses pointures intimidantes : Gallica service public qui veille sur son public dans un gagnant-gagnant réciproque, La Revue Française de Généalogie, fidèle à sa ligne éditoriale, proximité, complicité, bienveillance. On a de la chance de sentir ces encouragements là !


Sophie, encore merci et j'espère à l'année prochaine ! 




mardi 30 avril 2013

Z comme Zola est sans Zêne avec les ZinZin #challengeAZ


Zola nous a offert tout au long de cet alphabet quelques uns des plus beaux accouchements de la littérature française.
A son époque il est parfois objet de moqueries. On lui reproche d'écrire ses articles avec un manuel d'obstétrique dans la main gauche tant les manoeuvres y sont précises ! Néanmoins, Zola mêle l'intime de ce qu'il connait à ce qu'il lit et nous touche.
Zola est un naturaliste, il hésite entre la science et la littérature. Mais ce n'est pas un scientifique, c'est un scientiste. Il invente des personnages pour appuyer ses théories, ce faisant en fabriquant les preuves de ce qu'il prétend démontrer... Rétrospectivement il  fait  froid dans l'dos. 
Zola s'inscrit dans une époque qui rêve les solutions. On découvre l'hérédité, elle explique tout, elle résout tout, on lui attribue tout. ADN mon amour avant l'heure. S'il est possible de prendre des leçons du passé, il y a celle-là.
Cet enthousiasme pour une science naissante  fait écho à ce que l'on essaie aujourd'hui de faire dire aux chromosomes avec parfois une incroyable naïveté, et au dépens de la liberté de chacun de maitriser à defaut de son destin, au moins sa vie au quotidien.
Zola nous conte l'héritage des tares, des fils d'alcooliques, il fait des alcooliques, il analyse les fragilités, il enferme dans l'héritage.
Voilà  l'arbre interactif de la folie des Rougon-Macquart !
Ce p'tit bout de challenge aura mis en vedette quelques beaux personnages de nos arbres. Nombre d'eux sont de petites gens, vivant dans le carcan de la misère, certains eurent la chance de briser la chaine et de renverser la table, changeant la donne, mélangeant dans un élan progressiste le gêne de l'apprentissage à la gêne de l'hérédité. En rien de temps, en une génération à peine, pour ne jamais plus revenir en arrière.
La généalogie est ludique, certains la voudraient politique, instrumentalisée et bien loin de l'humanisme de ses passionnés.
Bref la vie est une grande salade... de fruits !
Zola se trompe, mais on lui pardonne car il est un formidable conteur.
Voilà comment je le vois par le p'tit bout de ma lorgnette de lectrice friande d'histoires. Je vous laisse écouter d'autres doctes et passionnantes analyses.




lundi 29 avril 2013

Y comme XY #challengeAZ



L'évènement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune.
Jacques Demy - Marcello Mastroianni - Catherine Deneuve.

samedi 27 avril 2013

X comme XX #challengeAZ

XX comme complicité féminine... Vous en rêvez, Maupassant l'a écrit.
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- Ah ! mon cher, quelles rosses, les femmes !
- Pourquoi dis-tu ça ?
- C'est qu'elles m'ont joué un tour abominable.
- A toi ?
- Oui, à moi.
- Les femmes, ou une femme ?
- Deux femmes.
- Deux femmes en même temps ?
- Oui.
- Quel tour ?

Les deux jeunes gens était assis devant un grand café du boulevard et buvaient des liqueurs mélangées d'eau, ces apéritifs qui ont l'air d'infusions faites avec toutes les nuances d'une boîte d'aquarelles.

Ils avaient à peu près le même âge : vingt-cinq à trente ans. L'un était blond et l'autre brun. Ils avaient la demi-élégance des coulissiers, des hommes qui vont à la Bourse et dans les salons, qui fréquentent partout, vivent partout, aiment partout. Le brun reprit :

- Je t'ai dit ma liaison, n'est-ce pas, avec cette petite bourgeoise rencontrée sur la plage de Dieppe ?
- Oui.
- Mon cher, tu sais ce que c'est. J'avais une maîtresse à Paris, une que j'aime infiniment, une vieille amie, une bonne amie, une habitude enfin, et j'y tiens.
- A ton habitude ?
- Oui, à mon habitude et à elle. Elle est mariée aussi avec un brave homme, que j'aime beaucoup également, un bon garçon très cordial, un vrai camarade ! Enfin c'est une maison où j'avais logé ma vie.
- Eh bien ?
- Eh bien ! ils ne peuvent pas quitter Paris, ceux-là, et je me suis trouvé veuf à Dieppe.
- Pourquoi allais-tu à Dieppe ?
- Pour changer d'air. On ne peut pas rester tout le temps sur le boulevard.
- Alors ?
- Alors j'ai rencontré sur la plage la petite dont je t'ai parlé.
- La femme du chef de bureau ?
- Oui. Elle s'ennuyait beaucoup. Son mari, d'ailleurs, ne venait que tous les dimanches, et il est affreux. Je la comprends joliment. Donc nous avons ri et dansé ensemble.
- Et le reste ?
- Oui, plus tard. Enfin, nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes plu, je le lui ai dit, elle me l'a fait répéter pour mieux comprendre, et elle n'y a pas mis d'obstacle.
- L'aimais-tu ?
- Oui, un peu ; elle est très gentille.
- Et l'autre ?
- L'autre était à Paris ! Enfin, pendant six semaines, ç'a été très bien et nous sommes rentrés ici dans les meilleures termes. Est-ce que tu sais rompre avec une femme, toi, quand cette femme n'a pas un tort à ton égard ?
- Oui, très bien.
- Comment fais-tu ?
- Je la lâche.
- Mais comment t'y prends-tu pour la lâcher ?
- Je ne vais plus chez elle.
- Mais si elle vient chez toi ?
- Je... n'y suis pas.
- Et si elle revient ?
- Je lui dit que je suis indisposé.
- Si elle te soigne ?
- Je... lui fais une crasse.
- Si elle l'accepte ?
- J'écris des lettres anonymes à son mari pour qu'il la surveille les jours où je l'attends.
- Ca c'est grave ! Moi je n'ai pas de résistance. Je ne sais pas rompre. Je les collectionne. Il y en a que je ne vois plus qu'une fois par an, d'autres tous les dix mois, d'autres au moment du terme, d'autres les jours où elles ont envie de dîner au cabaret. Celles que j'ai espacées ne me gênent pas, mais j'ai souvent bien du mal avec les nouvelles pour les distancer un peu.
- Alors...
- Alors, mon cher, la petite ministère était tout feu, tout flamme, sans un tort, comme je te l'ai dit ! Comme son mari passe tous ses jours au bureau, elle se mettait sur le pied d'arriver chez moi à l'improviste. Deux fois elle a failli rencontrer mon habitude.
- Diable !
- Oui. Donc, j'ai donné à chacune ses jours, des jours fixes pour éviter les confusions. Lundi et samedi à l'ancienne. Mardi, jeudi et dimanche à la nouvelle.

- Pourquoi cette préférence ?
- Ah ! mon cher, elle est plus jeune.
- Ca ne te faisait que deux jours de repos par semaine.
- Ca me suffit.
- Mes compliments !

- Or, figure-toi qu'il m'est arrivé l'histoire la plus ridicule du monde et la plus embêtante. Depuis quatre mois tout allait parfaitement ; je dormais sur mes deux oreilles et j'étais vraiment très heureux, quand soudain, lundi dernier tout craque.

J'attendais mon habitude à l'heure dite, une heure et quart, en fumant un bon cigare.

Je rêvassais, très satisfait de moi, quand je m'aperçus que l'heure était passé. Je fus surpris, car elle est très exacte. Mais j'ai cru à un petit retard accidentel. Cependant une demi-heure se passe, puis une heure, une heure et demie et je compris qu'elle avait été retenue pour une cause quelconque, une migraine peut-être ou un importun. C'est très ennuyeux ces choses-là, ces attentes...inutiles, très ennuyeux et très énervant. Enfin, j'en ai pris mon parti, puis je suis sorti, et ne sachant que faire, j'allai chez elle.

- Je la trouvai en train de lire un roman.
- Eh bien ? lui dis-je.
Elle répondit tranquillement :
- Mon cher, je n'ai pas pu, j'ai été empêchée.
- Par quoi ?
- Par des... occupations.
- Mais... quelles occupations ?
- Une visite ennuyeuse.

Je pensais qu'elle ne voulait pas me dire la vraie raison,et, comme elle était très calme, je ne m'en inquiétai pas davantage. Je comptais rattraper le temps perdu, le lendemain avec l'autre.

Le mardi donc, j'étais très... très ému et très amoureux, en expectative, de la petite ministère, et même étonné qu'elle ne devançât pas l'heure convenue. Je regardais la pendule à tout moment suivant l'aiguille avec impatience.

Je la vis passer le quart, puis la demie, puis deux heures... Je ne tenais plus en place, traversant à grandes enjambées ma chambre, collant mon front à la fenêtre et mon oreille contre la porte pour écouter si elle ne montait pas l'escalier.

Voici deux heures et demie, puis trois heures ! Je saisis mon chapeau et je cours chez elle. Elle lisait, mon cher, un roman !

Eh bien ? dis-je avec anxiété.

Elle répondit, aussi tranquillement que mon habitude :

- Mon cher, je n'ai pas pu, j'ai été empêchée.
- Par quoi ?
- Par... des occupations.
- Mais... quelles occupations ?
- Une visite ennuyeuse.

Certes, je supposai immédiatement qu'elle[s] savai[en]t tout ; mais elle semblait pourtant si placide, si paisible, que je finis par rejeter mon soupçon, par croire à une coïncidence bizarre, ne pouvant imaginer une pareille dissimulation de sa part. Et après une heure de causerie amicale, coupée d'ailleurs par vingt entrées de sa petite fille, je dus m'en aller fort embêté.

Et figure-toi que le lendemain...

- Ca a été la même chose ?
- Oui... et le lendemain encore. Et ç'a a duré ainsi trois semaines, sans explication, sans que rien me révélât cette conduite bizarre dont cependant je soupçonnais le secret.
- Elles savaient tout ?
- Parbleu. Mais comment ? Ah ! j'en eu du tourment avant de l'apprendre.
- Comment l'as-tu su enfin ?
- Par lettres. Elles m'ont donné, le même jour, dans les mêmes termes, mon congé définitif.
- Et ?

- Et voici... Tu sais, mon cher, que les femmes ont toujours sur elles une armée d'épingles. Les épingles à cheveux, je les connais, je m'en méfie, et j'y veille, mais les autres sont bien plus perfides, ces sacrées petite épingles à tête noire qui nous semblent toutes pareilles, à nous grosses bêtes que nous sommes, mais qu'elles distinguent, elles, comme nous distinguons un cheval d'un chien.

Or, il paraît qu'un jour ma petite ministère avait laissé une de ces machines révélatrices piquée dans ma tenture, près de ma glace.

Mon habitude, du premier coup, avait perçu sur l'étoffe ce petit point noir gros comme une puce, et sans rien dire l'avait cueilli, puis avait laissé à la même place une de ses épingles à elle, noire aussi, mais d'un modèle différent.

Le lendemain, la ministère voulut reprendre son bien et reconnut aussitôt la substitution ; alors un soupçon lui vint, et elle en mit deux, en les croisant.

L'habitude répondit à ce signe télégraphique par trois boules noires, l'une sur l'autre.

Une fois ce commerce commencé, elles continuèrent à communiquer, sans rien se dire, seulement pour s'épier. Puis il paraît que l'habitude plus hardie, enroula le long de la petite pointe d'acier un mince papier où elle avait écrit : " Poste restante, boulevard Malesherbes, C.D. "

Alors elles s'écrivirent. J'étais perdu. Tu comprends que ça n'a pas été tout seul entre elles. Elles y allaient avec précaution, avec mille ruses, avec toute la prudence qu'il faut en pareil cas. Mais l'habitude fit un coup d'audace et donna rendez-vous à l'autre.
Ce qu'elles se sont dit, je l'ignore ! Je sais seulement que j'ai fait les frais de leur entretien. Et voilà !
- C'est tout ?
- Oui.
- Tu ne les vois plus ?
- Pardon, je les vois encore comme ami ; nous n'avons pas rompu tout à fait.
- Et elles, se sont-elles revues ?
- Oui, mon cher, elles sont devenues intimes.
- Tiens, tiens. Et ça ne te donne pas une idée, ça.
- Non, quoi ?
- Grand serin, l'idée de leur faire repiquer des épingles doubles ?

vendredi 26 avril 2013

W comme Wagon #challengeAZ


train roulait à toute vitesse, traversait des plaines, des bois, passait sous des ponts et sur des ponts, secouait de sa trépidation frémissante le chapelet de voyageurs enfermés dans les wagons.
    Gontran de Vaulacelles, maintenant, interrogeait l'abbé Lecuir sur Royat, sur les amusements du pays. Y avait-il une rivière ? Pouvait-on pêcher ? Aurait-il un cheval, comme l'autre année ? etc.
    La jeune femme, tout à coup, jeta une sorte de cri, un "ah !" de souffrance vite réprimé.
    Le prêtre, inquiet, lui demanda :
    - Vous sentez-vous indisposée, madame ?
    Elle répondit :
    - Non, non, monsieur l'abbé, ce n'est rien, une légère douleur, ce n'est rien. Je suis un peu malade depuis quelque temps, et le mouvement du train me fatigue. Sa figure était devenue livide, en effet.
    Il insista :
    - Si je puis quelque chose pour vous, madame ?...
    - Oh ! non, rien du tout, - monsieur l'abbé. Je vous remercie.
    Le prêtre reprit sa causerie avec ses élèves les préparant à son enseignement et à sa direction.
    Les heures passaient. Le convoi s'arrêtait de temps en temps, puis repartait. La jeune femme, maintenant, paraissait dormir et elle ne bougeait plus, enfoncée dans son coin. Bien que le jour fût plus qu'à moitié écoulé, elle n'avait encore rien mangé. L'abbé pensait : "Cette personne doit être bien souffrante".
    Il ne restait plus que deux heures de route pour atteindre Clermont-Ferrand, quand la voyageuse se mit brusquement à gémir. Elle s'était laissée presque tomber de sa banquette et, appuyée sur les mains, les yeux hagards, les traits crispés, elle répétait : "Oh ! mon Dieu ! oh ! mon Dieu !"
    L'abbé s'élança :
    - Madame... madame... madame, qu'avez-vous ?
    Elle balbutia :
    - Je... je... crois que... que... que je vais accoucher. Et elle commença aussitôt à crier d'une effroyable façon. Elle poussait une longue clameur affolée qui semblait déchirer sa gorge au passage, une clameur aiguë, affreuse, dont l'intonation sinistre disait l'angoisse de son âme et la torture de son corps.
    Le pauvre prêtre éperdu, debout devant elle, ne savait que faire, que dire, que tenter, et il murmurait : "Mon Dieu, si je savais... Mon Dieu, si je savais !" Il était rouge jusqu'au blanc des yeux ; et ses trois élèves regardaient avec stupeur cette femme étendue qui criait.
    Tout à coup, elle se tordit, élevant ses bras sur sa tête, et son flanc eut une secousse étrange, une convulsion qui la parcourut.
    L'abbé pensa qu'elle allait mourir, mourir devant lui, privée de secours et de soins par sa faute. Alors il dit d'une voix résolue :
    - Je vais vous aider, madame. Je ne sais pas... mais je vous aiderai comme je pourrai. Je dois mon assistance à toute créature qui souffre.
    Puis, s'étant retourné vers les trois gamins, il cria :
    - Vous, vous allez passer vos têtes à la portière ; et si l'un de vous se retourne il me copiera mille vers de Virgile.
    Il abaissa lui-même les trois glaces, y plaça les trois têtes, ramena contre le cou les rideaux bleus, et il répéta :
    - Si vous faites seulement un mouvement, vous serez privés d'excursions pendant toutes les vacances. Et n'oubliez point que je ne pardonne jamais, moi.
    Et il revint vers le jeune femme, en relevant les manches de sa soutane.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    Elle gémissait toujours, et, par moments, hurlait. L'abbé, la face cramoisie, l'assistait, l'exhortait, la réconfortait, et, sans cesse, il levait les yeux vers les trois gamins qui coulaient de regards furtifs, vite détournés, vers la mystérieuse besogne accomplie par leur nouveau précepteur.
    - M. de Vaulacelles, vous me copierez vingt fois le verbe "désobéir" ! - criait-il.
    - M. de Bridoie, vous serez privé de dessert pendant un mois.
    Soudain la jeune femme cessa sa plainte persistante, et presque aussitôt un cri bizarre et léger qui ressemblait à un aboiement et à un miaulement fit retourner, d'un seul élan, les trois collégiens persuadés qu'ils venaient d'entendre un chien nouveau-né.
    L'abbé tenait dans ses mains un petit enfant tout nu. Il le regardait avec des yeux effarés ; il semblait content et désolé, prêt à rire et prêt à pleurer ; on l'aurait cru fou, tant sa figure exprimait de choses par le jeu rapide des yeux, des lèvres et des joues.
    Il déclara, comme s'il eût annoncé à ses élèves une grande nouvelle :
    - C'est un garçon.
    Puis aussitôt il reprit :
    - M. de Sarcagnes, passez-moi la bouteille d'eau qui est dans le filet. - Bien. - Débouchez-la. - Très bien. - Versez-m'en quelques gouttes dans la main, seulement quelques gouttes. - Parfait.
    Et il répandit cette eau sur le front nu du petit être qu'il portait, en prononçant :
    "Je te baptise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il."
    Le train entrait en gare de Clermont. La figure de Mme de Bridoie apparut à la portière. Alors l'abbé, perdant la tête, lui présenta la frêle bête humaine qu'il venait de cueillir, en murmurant :
    - C'est madame qui vient d'avoir un petit accident en route.
    Il avait l'air d'avoir ramassé cet enfant dans un égout ; et, les cheveux mouillés de sueur, le rabat sur l'épaule, la robe maculée, il répétait :
    - Ils n'ont rien vu - rien du tout, - j'en réponds. - Ils regardaient tous trois par la portière. - J'en réponds, - ils n'ont rien vu."
    Et il descendit du compartiment avec quatre garçons au lieu de trois qu'il était allé chercher, tandis que Mme de Bridoie, de Vaulacelles et de Sarcagnes, livides, échangeaient des regards éperdus, sans trouver un seul mot à dire.

       Le soir, les trois familles dînaient ensemble pour fêter l'arrivée des collégiens. Mais on ne parlait guère ; les pères, les mères et les enfants eux-mêmes semblaient préoccupés.
    Tout à coup, le plus jeune, Roland de Bridoie, demanda :
    - Dis, maman, où l'abbé l'a-t-il trouvé ce petit garçon ?
    La mère ne répondit pas directement.
    - Allons, dîne, et laisse-nous tranquilles avec tes questions.
    Il se tut quelques minutes, puis reprit :
    - Il n'y avait personne que cette dame qui avait mal au ventre. C'est donc que l'abbé est prestidigitateur, comme Robert Houdin qui fait venir un bocal de poissons sous un tapis.
    - Tais-toi, voyons. C'est le bon Dieu qui l'a envoyé.
    - Mais où l'avait-il mis le bon Dieu ? Je n'ai rien vu, moi. Est-il entré par la portière, dis ?
       Mme de Bridoie, impatientée, répliqua :
    - Voyons, c'est fini, tais-toi. Il est venu sous un chou comme tous les petits enfants. Tu le sais bien.
    - Mais il n'y avait pas de chou dans le wagon ?
    Alors Gontran de Vaulacelles, qui écoutait avec un air sournois, sourit et dit :
    - Si, il y avait un chou. Mais il n'y a que Monsieur l'abbé qui l'a vu.

Maupassant (1885)


jeudi 25 avril 2013

V comme Grande Version #challengeAZ


Même en pleine révolution, il n'est jamais très opportun de présenter le bras gauche en naissant... Sacombe homme de l'Art et des lettres nous remet tout ça en place en un tour de main au rythme de l'alexandrin ! 


Cependant sur son lit la jeune femme enceinte, 
Des douleurs du travail plus vivement atteinte, 
Dans l'espoir consolant d'en abréger le cours, 
De l'art en gémissant implorait le secours. 

L'enfant dans le vagin présentait le bras gauche, 
Qui des eaux en glissant avait rompu la poche. 
Je vais saisir les pieds, et sans beaucoup d'efforts, 
Ces deux extrémités se font jour au dehors. 
Bientôt sur chaque flanc mes deux mains parallèles, 
Durant chaque douleur, et toujours avec elles, 
Font du tronc de l'enfant la simple extraction, 
La matrice à ce point acquiert plus d'action. 
Aux épaules alors, sans compas et sans mètre, 
Je fais du grand détroit franchir le diamètre 
Appelé transversal. Elles glissent; alors 
Mes deux mains à ce point saisissant tout le corps, 
Lui font décrire ainsi, dans le bassin conique, 
Une ligne spirale à la fois et sphérique, 
Egale au quart de cercle : une épaule au pubis, 
Et l'autre parallèle au sacrum, au coccyx. 
Vers la fosse iliaque alors tournant la face, 
La tête en se moulant et s'allonge et s'efface ; 
Quand son grand diamètre au plus grand des détroits, 
Avec les humérus forme quatre angles droits, 
Dans le bassin la tête une fois engagée, 
Descendant en spirale est bientôt dégagée. 
Cependant la matrice entre en contraction, 
Et de l'arrière-faix je fais l'extraction. 
Du fruit de ses amours Julie est délivrée, 
Mais loin de son amant, au désespoir livrée, 
Afin de se soustraire à l'horreur de son sort, 
Comme un bienfait des cieux elle implorait la mort. 

Sacombe 1791

Source : BNF - Gallica - Witkowski, Gustave-Joseph-Alphonse (Dr). Les Accouchements dans les beaux-arts, dans la littérature et au théâtre 1894.

mercredi 24 avril 2013

U comme Une Vie #challengeAZ


Par une de ces pâles matinées, Jeanne, immobile, chauffait ses

pieds au feu de sa chambre, pendant que Rosalie, plus changée de

jour en jour, faisait lentement le lit. Soudain elle entendit

derrière elle un douloureux soupir. Sans tourner la tête, elle

demanda :

– Qu’est-ce que tu as donc ?

La bonne, comme toujours, répondit : « Rien, madame », mais

sa voix semblait brisée, expirante.

Jeanne, déjà, songeait à autre chose quand elle remarqua qu’elle

n’entendait plus remuer la jeune fille. Elle appela :

– Rosalie !

Rien ne bougea. Alors, la croyant sortie sans bruit, elle cria

plus fort : « Rosalie ! » et elle allait allonger le bras

pour sonner quand un profond gémissement, poussé tout près d’elle,

la fit se dresser avec un frisson d’angoisse.

La petite servante, livide, les yeux hagards, était assise par

terre, les jambes allongées, le dos appuyé contre le bois du

lit.

Jeanne s’élança :

– Qu’est-ce que tu as, qu’est-ce que tu as ?

L’autre ne dit pas un mot, ne fit pas un geste elle fixait

sur sa maîtresse un regard fou et haletait, comme déchirée par une

effroyable douleur. Puis, soudain, tendant tout son corps, elle

glissa sur le dos, étouffant entre ses dents serrées un cri de

détresse.

Alors sous sa robe collée à ses cuisses ouvertes quelque chose

remua. Et de là partit aussitôt un bruit singulier, un clapotement,

un souffle de gorge étranglée qui suffoque puis soudain ce

fut un long miaulement de chat, une plainte frêle et déjà

douloureuse, le premier appel de souffrance de l’enfant entrant

dans la vie.


Jeanne brusquement comprit, et, la tête égarée, courut à

l’escalier criant :

– Julien, Julien !

Il répondit d’en bas :

– Qu’est-ce que tu veux ?

Elle eut grand-peine à prononcer :

– C’est… c’est Rosalie qui…

Julien s’élança, gravit les marches deux par deux, et, entrant

brusquement dans la chambre, il releva d’un seul coup les vêtements

de la fillette et découvrit un affreux petit morceau de chair,

plissé, geignant, crispé et tout gluant, qui s’agitait entre deux

jambes nues.


 
Jeanne et Rosalie sont soeurs de lait, l'une est la servante de l'autre.
 Jeanne la douce mariée à Julien, ne comprend pas encore ce qui se passe dans sa maison....

Maupassant. 

Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

mardi 23 avril 2013

T comme Terre #challengeAZ



– Pourvu que la Coliche ne vêle pas en même temps que moi ! répétait Lise chaque matin.
....


La Coliche va vêler en même temps que Lise va accoucher, on appelera le vétérinaire Patoir pour la vache et Lise se débrouillera avec les voisines....

Extraits :
...

La Frimat et la Bécu se décidèrent à prendre chacune Lise sous un bras et à la conduire dans sa chambre. Elle s’abandonnait, elle n’avait plus la force de résister. Mais, en traversant la cuisine, où brûlait une chandelle solitaire, elle exigea pourtant qu’on laissât toutes les portes ouvertes, dans l’idée qu’elle serait ainsi moins loin. Déjà, la Frimat avait préparé le lit de misère, selon l’usage des campagnes : un simple drap jeté au milieu de la pièce, sur une botte de paille, et trois chaises renversées. Lise s’accroupit, s’écartela, adossée à une des chaises, la jambe droite contre la seconde, la gauche contre la troisième. Elle ne s’était pas même déshabillée, ses pieds s’arc-boutaient dans leurs savates, ses bas bleus montaient à ses genoux ; et sa jupe rejetée sur sa gorge, découvrait son ventre monstrueux, ses cuisses grasses, très blanches, si élargies, qu’on lui voyait jusqu’au cœur.
....

Par terre, Lise, entre ses trois chaises, était parcourue d’une houle, qui lui descendait des flancs, sous la peau, pour aboutir, au fond des cuisses, en un élargissement continu des chairs. Et Françoise, qui jusque-là n’avait pas vu, dans sa désolation, demeura tout d’un coup stupéfaite, debout devant sa sœur, dont la nudité lui apparaissait en raccourci, rien que les angles relevés des genoux, à droite et à gauche de la boule du ventre, que creusait une cavité ronde. Cela était si inattendu, si défiguré, si énorme, qu’elle n’en fut pas gênée. Jamais elle ne se serait imaginé une chose pareille, le trou bâillant d’un tonneau défoncé, la lucarne grande ouverte du fenil, par où l’on jetait le foin, et qu’un lierre touffu hérissait de noir. Puis, quand elle remarqua qu’une autre boule, plus petite, la tête de l’enfant, sortait et rentrait à chaque effort, dans un perpétuel jeu de cache-cache, elle fut prise d’une si violente envie de rire, qu’elle dut tousser, pour qu’on ne la soupçonnât pas d’avoir mauvais cœur.
– Un peu de patience encore, déclara la Frimat. Ça va y être.
Elle s’était agenouillée entre les jambes, guettant l’enfant, prête à le recevoir. Mais il faisait des façons, comme disait la Bécu ; même, un moment, il s’en alla, on put le croire rentré chez lui
-----------

Le trou béant s’arrondit encore, à croire que la Frimat, toujours à genoux, allait y disparaître ; et, d’un coup, comme d’une femme canon, l’enfant sortit, tout rouge, avec ses extrémités détrempées et blêmes. On entendit simplement le glouglou d’un goulot géant qui se vidait. Puis, le petit miaula, tandis que la mère, secouée comme une outre dont la peau se dégonfle, riait plus fort. Ça criait d’un bout, ça riait de l’autre. Et Buteau se tapait sur les cuisses, la Bécu se tenait les côtes, Patoir éclatait en notes sonores, Françoise elle-même, dont sa sœur avait broyé la main dans sa dernière poussée, se soulageait enfin de son envie contenue, voyant toujours ça, une vraie cathédrale où le mari devait loger tout entier.
– C’est une fille, déclara la Frimat.
– Non, non, fit Lise, je n’en veux pas, je veux un garçon.
– Alors, je la renfile, ma belle, et tu feras un garçon demain.
Les rires redoublèrent, on en fut malade.

....

Patoir s’en alla, après qu’on eut donné à la Coliche trois litres de vin sucré. Dans la chambre, la Frimat déshabilla et coucha Lise, tandis que la Bécu, aidée de Françoise, enlevait la paille et balayait. En dix minutes, tout fut en ordre, on ne se serait pas douté qu’un accouchement venait d’avoir lieu, sans les miaulements continus de la petite, qu’on lavait à l’eau tiède. Mais, emmaillotée, couchée dans son berceau, elle se tut peu à peu ; et la mère, anéantie maintenant, s’endormit d’un sommeil de plomb, la face congestionnée, presque noire, au milieu des gros draps de toile bise.

Emile Zola - La Terre.


Un p'tit plus pour le tout


Le chapître en entier.

lundi 22 avril 2013

S comme Sage-femme #challengeAZ


Entre la sage-femme et Élisa, parmi les nombreux sujets de
conversation propres à les mettre aux mains, un sujet plus particulièrement
amenait des scènes quotidiennes, dans lesquelles la
rébellion muettement gouailleuse de la fille, trouvait, au dire de
la mère, le moyen de faire sortir « un saint de ses gonds ». Malgré
les duretés, les alarmes continuelles du métier, la sage-femme
avait l’orgueil de sa profession. Elle se sentait fière du rôle qu’elle
jouait à la mairie dans les déclarations de naissance. Elle se gonflait
de cette place d’honneur, donnée à ses pareilles par les gens
du peuple, dans les repas de baptême. Elle goûtait encore la
popularité de la rue, où les marchandes qu’elle avait délivrées, où
les filles de ces marchandes qu’elle avait mises au monde et
accouchées, où les enfants, les mères, les grand-mères : trois
générations sur le pas des portes, lui criaient bonjour, avec un
« maman Alexandre » familièrement respectueux. Son rêve était
de voir sa fille lui succéder, la remplacer, la perpétuer. La fille,
quand elle se donnait la peine de répondre, disait qu’elle n’avait
pas la caboche faite pour y faire entrer des livres embêtants. Elle
ne trouvait pas non plus rigolo de voir, à tout moment, comme ça,
des oreillers retournés par les doigts crispés de l’Eclampsie.
Élisa montrait enfin la résolution arrêtée de se faire assommer
plutôt que de prendre l’état de sa mère.

samedi 20 avril 2013

R comme Robert #challengeAZ

Voilà un biberon Robert.

C'est Canotte qui nous a rédigé un p'tit plus qui mérite un grand post...
Je lui laisse la parole :

De la sage-femme à la nourrice, il n'y a qu'un pas, ou plutôt une naissance, que je franchis.Je me suis souvent demandée pourquoi on appelait les seins des femmes des "roberts". Il se trouve qu'a la fin des années 1880 le biberon en verre se généralisa. Monsieur Edouard (non pas Leclerc)mais, ROBERT eu l'idée d'équiper le biberon d'un long tuyau en caoutchouc. Le succès fut foudroyant et fît la fortune du sieur Robert.Son patronyme passa dans le langage argotique pour désigner la gorge des femmes. Malheureusement, on s'aperçut, mais un peu tard - que le tuyau en caoutchouc était presque impossible à nettoyer et était propice au développement de germes de toutes sortes, occasionnant la mort de nombreux nourrissons.Sur internet on peut trouver en tapant "Biberons Robert" l'épopée de cette maison.Ainsi, si je puis dire le voile est levé sur les "Roberts" et les prudes n'oseront pas le mot célèbre : "Madame, cachez ce sein que je ne saurais voir"




Celui-ci est pour ma collection perso ;-)
(pour ceux qui ne sauraient pas... Lulu n'est pas le diminutif de Lucienne, mais de Gloria)

Un grand merci Canotte !
Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !

Le biberon vu par Charlot !

vendredi 19 avril 2013

Q comme Quizz #challengeAZ


Les risques du métier.
Des hommes et femmes dans l'Art des Accouchements au cinéma !


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jeudi 18 avril 2013

P comme Père #challengeAZ



Un savetier que Blaise l'on appelle,
Voyant sa femme en humeur d'accoucher,
Lui dit : « M'amour, attends, je vais chercher
Tout de ce pas la voisine Catelle,
Et ne pouvant, sans par trop de chagrin,
Te voir souffrir la douleur d'être mère,
Pendant ce temps, au cabaret voisin
Je vais aller, avec Luc mon compère,
A ta santé boire un verre de vin.
Sus, prends courage et sois prête à bien faire. »

Chez la voisine en hâte il va d'abord ;
Puis avec Luc il entre à la Croix-d'Or.
« Chopine à douze. » On s'assied, puis l'on cause,
On boit un coup ; le vin semble fort bon :
On en boit deux ; encor meilleur. « Garçon ?
Donne-nous pinte : apporte quelque chose
Pour déjeuner, du fromage, du pain s.
On boit, on mange, on parle du parrain,
Et des bonbons, et puis de la commère,
Et de l'enfant dont Blaise sera père :
On lui choisit d'avance un bon métier,
Qui puisse un jour rendre sa vie heureuse :
Si c'est un fils, il sera savetier ;
Pour une fille, on la fait ravaudeuse:
On s'applaudit, on trinque là-dessus,
Luc boit et chante, et Blaise fait chorus.

Arrive alors la voisine Colette
Qui dit à Blaise : « Enfin l'affaire est faite,
C'est un garçon. — Un garçon! bon, tant mieux.
Buvons un coup pour l'heureuse aventure ;
Mon petit Blaise apprendra sous mes yeux
Comme un juré (1) traite une remonture..
Mes compliments à ma femme, à l'instant
Je vais la voir et baiser notre enfant. »

Colette sort, on fait venir chopine,
On verse, on trinque, on boit sur nouveaux frais;
Quand au bouchon entre une autre voisine,
Pour annoncer à Blaise tout exprès
L'accouchement... « On le sait, ma commère,
Interrompit Blaise, en vidant son verre ;
Colette a dit que c'était un garçon,
Très-bien vivant. — Oui, mais c'est un second.
— Quoi ? deux enfants ! — Oui dà, garçon et fille,
Et la petite est, ma foi, bien gentille,
Bien éveillée, et vous ressemble un peu.
— Par saint Crépin, le tour est bon, parbleu,
J'en suis charmé, nous vivrons en famille,
Souhait de prince, accroissement de bien,
Blaisotte an jour sera notre soutien,
Et sous les yeux de mère industrieuse,
Elle apprendra l'art d'être ravaudeuse.
Mes compliments à ma femme, à l'instant
Je vais baiser et l'un et l'autre enfant.
En attendant, prospérité pareille
Mérite bien qu'on boive une bouteille ;
Or sus, vidons un troisième flacon.
Sangaride, ce jour est un grand jour... , Garçon?
Bouteille à quinze. — Oui, messieurs, tout à l'heure. »
Le bouchon part, on la trouve meilleure.
A la santé de Blaisotte et Blaisot,
De la maman, puis encor du fillot.

Plus que jamais la gaité se déploie,
Le savetier ne se sent pas de joie,
Il vit, il chante, et boit comme un perdu;
Quand un voisin, qui n'était attendu,
Entre, et lui dit : « Compère, votre femme
Vient d'accoucher d'un troisième poupon.
— Quoi ? d'un troisième enfant ! — Oui, sur mon âme
Et ce troisième est un bon gros garçon.
— Oui, mais c'est trop. Tudieu ! quelle commère !
Compère, adieu : je décampe soudain,
Car, par ma foi, si je la laisse faire,
Elle en fera, parbleu, jusqu'à demain. "

mercredi 17 avril 2013

O comme Obstétricien #challengeAZ





Encore un à qui on a lu Zola pendant la grossesse....






Grâce à Marité, on  mesure  les progrès de l'arrivée de l'homme en salle d'accouchement ...Un p'tit plus pour le tout !

mardi 16 avril 2013

N comme Nuit #challengeAZ



Menu de Réveillon, un accouchement de saison à la sauce Maupassant...
« Le Réveillon ! le Réveillon ! Ah ! mais non, je ne réveillonnerai pas ! »
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« Le Réveillon ! le Réveillon ! Ah ! mais non, je ne réveillonnerai pas ! »
Le gros Henri Templier disait cela d’une voix furieuse, comme si on lui eût proposé une infamie.
Les autres, riant, s’écrièrent : « Pourquoi te mets-tu en colère ? »
Il répondit : « Parce que le réveillon m’a joué le plus sale tour du monde, et que j’ai gardé une insurmontable horreur pour cette nuit stupide de gaieté imbécile.
- Quoi donc ?
- Quoi ? Vous voulez le savoir ? Eh bien, écoutez :
Vous vous rappelez comme il faisait froid, voici deux ans, à cette époque ; un froid à tuer les pauvres dans la rue. La Seine gelait, les trottoirs glaçaient les pieds à travers les semelles des bottines ; le monde semblait sur le point de crever.
J’avais alors un gros travail en train et je refusai toute invitation pour le réveillon, préférant passer la nuit devant une table. Je dînai seul ; puis je me mis à l’oeuvre. Mais voilà que, vers dix heures, la pensée de la gaieté courant Paris, le bruit des rues qui me parvenait malgré tout, les préparatifs de souper de mes voisins, entendus à travers les cloisons, m’agitèrent. Je ne savais plus ce que je faisais ; j’écrivais des bêtises ; et je compris qu’il fallait renoncer à l’espoir de produire quelque chose de bon cette nuit-là.
Je marchai un peu à travers ma chambre. Je m’assis, je me relevai. Je subissais, certes, la mystérieuse influence de la joie du dehors, et je me résignai.
Je sonnai ma bonne et je lui dis : “Angèle, allez m’acheter de quoi souper à deux : des huîtres, un perdreau froid, des écrevisses, du jambon, des gâteaux. Montez-moi deux bouteilles de champagne : mettez le couvert et couchez-vous.”
Elle obéit, un peu surprise. Quand tout fut prêt, j’endossai mon pardessus, et je sortis.
Une grosse question restait à résoudre : Avec qui allais-je réveillonner ? Mes amies étaient invitées partout. Pour en avoir une, il aurait fallu m’y prendre d’avance. Alors, je songeai à faire en même temps une bonne action. Je me dis : Paris est plein de pauvres et belles filles qui n’ont pas un souper sur la planche, et qui errent en quête d’un garçon généreux. Je veux être la Providence de Noël d’une de ces déshéritées.
Je vais rôder, entrer dans les lieux de plaisir, questionner, chasser, choisir à mon gré.
Et je me mis à parcourir la ville.
Certes, je rencontrai beaucoup de pauvres filles cherchant aventure, mais elles étaient laides à donner une indigestion, ou maigres à geler sur pied si elles s’étaient arrêtées.
J’ai un faible, vous le savez, j’aime les femmes nourries. Plus elles sont en chair, plus je les préfère. Une colosse me fait perdre la raison.
Soudain, en face du théâtre des Variétés, j’aperçus un profil à mon gré. Une tête, puis, par-devant, deux bosses, celle de la poitrine, fort belle, celle du dessous surprenante : un ventre d’oie grasse. J’en frissonnai, murmurant : “Sacristi, la belle fille !” Un point me restait à éclaircir : le visage.
Le visage, c’est le dessert ; le reste c’est... c’est le rôti.
Je hâtai le pas, je rejoignis cette femme errante, et , sous un bec de gaz, je me retournai brusquement. Elle était charmante, toute jeune, brune, avec de grands yeux noirs.
Je fis ma proposition qu’elle accepta sans hésitation.
Un quart d’heure plus tard, nous étions attablés dans mon appartement.
Elle dit en entrant : “Ah ! on est bien ici.”
Et elle regarda autour d’elle avec la satisfaction visible d’avoir trouvé la table et le gîte en cette nuit glaciale. Elle était superbe, tellement jolie qu’elle m’étonnait, et grosse à ravir mon coeur pour toujours.
Elle ôta son manteau, son chapeau, s’assit et se mit à manger ; mais elle ne paraissait pas en train, et parfois sa figure un peu pâle tressaillait comme si elle eût souffert d’un chagrin caché.
Je lui demandai : “Tu as des embêtements ?”
Elle répondit : “Bah ! oublions tout.”
Et elle se mit à boire. Elle vidait d’un trait son verre de champagne, le remplissait et le revidait encore, sans cesse.
Bientôt un peu de rougeur lui vint aux joues ; et elle commença à rire.
Moi, je l’adorais déjà, l’embrassant à pleine bouche, découvrant qu’elle n’était ni bête, ni commune, ni grossière comme les filles du trottoir. Je lui demandai des détails sur sa vie. Elle répondit : “Mon petit, cela ne te regarde pas !”
Hélas ! une heure plus tard...
Enfin, le moment vint de se mettre au lit, et, pendant que j’enlevais la table dressée devant le feu, elle se déshabilla hâtivement et se glissa sous les couvertures.
Mes voisins faisaient un vacarme affreux, riant et chantant comme des fous ; et je me disais : “J’ai eu rudement raison d’aller chercher cette belle fille ; je n’aurai jamais pu travailler.”
Un profond gémissement me fit retourner. Je demandai : “Qu’as-tu, ma chatte ?” Elle ne répondit pas, mais elle continuait à pousser des soupirs douloureux, comme si elle eût souffert horriblement.
Je repris : “Est-ce que tu te trouves indisposée ?” Et soudain elle jeta un cri, un cri déchirant. Je me précipitai, une bougie à la main.
Son visage était décomposé par la douleur, et elle se tordait les mains, haletante, envoyant du fond de sa gorge ces sortes de gémissements sourds qui semblent des râles et qui font défaillir le coeur.
Je demandai, éperdu : “Mais qu’as-tu ? dis-moi, qu’as-tu ?”
Elle ne répondit pas et se mit à hurler.
Tout à coup les voisins se turent, écoutant ce qui se passait chez moi.
Je répétais : “Où souffres-tu, dis-moi, où souffres-tu ?”
Elle balbutia : “Oh ! mon ventre ! mon ventre !” D’un seul coup je relevai la couverture, et j’aperçus...
Elle accouchait, mes amis.
Alors je perdis la tête ; je me précipitai sur le mur que je heurtai à coups de poing, de toute ma force, en vociférant : “Au secours, au secours !”
Ma porte s’ouvrit ; une foule se précipita chez moi, des hommes en habit, des femmes décolletées, des Pierrots, des Turcs, des Mousquetaires. Cette invasion m’affola tellement que je ne pouvais même plus m’expliquer.
Eux, ils avaient cru à quelque accident, à un crime peut-être, et ne comprenait plus.
Je dis enfin : “C’est... c’est... cette... cette femme qui... qui accouche.”
Alors tout le monde l’examina, dit son avis. Un capucin surtout prétendait s’y connaître, et voulait aider la nature.
Ils étaient gris comme des ânes. Je crus qu’ils allaient la tuer ; et je me précipitai, nu-tête, dans l’escalier, pour chercher un vieux médecin qui habitait dans une rue voisine.
Quand je revins avec le docteur, toute ma maison était debout ; on avait rallumé le gaz de l’escalier ; les habitants de tous les étages occupaient mon appartement ; quatre débardeurs attablés achevaient mon champagne et mes écrevisses.
À ma vue, un cri formidable éclata, et une laitière me présenta dans une serviette un affreux petit morceau de chair ridée, plissée, geignante, miaulant comme un chat ; et elle me dit : “C’est une fille.”
Le médecin examina l’accouchée, déclara douteux son état, l’accident ayant eu lieu immédiatement après un souper, et il partit en annonçant qu’il allait m’envoyer immédiatement une garde-malade et une nourrice.
Les deux femmes arrivèrent une heure après, apportant un paquet de médicaments.
Je passai la nuit dans un fauteuil, trop éperdu pour réfléchir aux suites.
Dès le matin, le médecin revint. Il trouva la malade assez mal.
Il me dit : “Votre femme, monsieur...”
Je l’interrompis : “Ce n’est pas ma femme.”
Il reprit : “Votre maîtresse, peu m’importe.” Et il énuméra les soins qu’il lui fallait, le régime, les remèdes.
Que faire ? Envoyer cette malheureuse à l’hôpital ? J’aurais passé pour un manant dans toute la maison, dans tout le quartier.
Je la gardai. Elle resta dans mon lit six semaines.
L’enfant ? Je l’envoyai chez des paysans de Poissy. Il me coûte encore cinquante francs par mois. Ayant payé dans le début, me voici forcé de payer jusqu’à ma mort.
Et, plus tard, il me croira son père.
Mais, pour comble de malheur, quand la fille a été guérie... elle m’aimait... elle m’aimait éperdument, la gueuse !
- Eh bien ?
- Eh bien, elle était devenue maigre comme un chat de gouttières ; et j’ai flanqué dehors cette carcasse qui me guette dans la rue, se cache pour me voir passer, m’arrête le soir quand je sors, pour me baiser la main, m’embête enfin à me rendre fou.
Et voilà pourquoi je ne réveillonnerai plus jamais.
26 décembre 1882.

Nuit de Noël Maupassant 1882.